Raymond BOURDAGES – nos origines en France
Nous, Bourdages d’Amérique, qui sommes-nous? D’où venons-nous? C’est en ces termes que j’ai commencé à m’intéresser à la vie et aux origines ici et en France de notre ancêtre « Raymond Bourdages ».
Au départ, j’ai pu retracer assez facilement mon ascendance jusqu’à Raymond Bourdages. Ma famille est de la lignée d’Antoine Bourdages, le plus jeune fils de Raymond Bourdages. Mais d’où est-il originaire en France?
L’Hypothèse Saint-Jean d’Angoulême, France…
D’après les recherches de Bona Arsenault et d’autres généalogistes des années 60s, dont Placide Gaudet, ceux-ci semblent croire qu’un certain Pierre Bordage serait le père de Raymond Bourdages. Celui-ci serait né en 1693 à Saint Jean d’Angoulème, France. Il était charpentier. Son père, Jean était maître tailleur de pierre de la paroisse de Saint Jean d’Angoulème. Les généalogistes affirment que Raymond BOURDAGES, son fils, serait né en France vers 1728 ou 1731. D’après ces informations, j’ai effectué des recherches dans les registres de la paroisse de Saint Jean d’Angoulème des années 1680 à 1791.
Selon ces registres, le seul Pierre Bordage né dans cette paroisse a été Pierre Bourdage, né le 25 avril 1683, fils de François Bourdage, bourgeois et de demoiselle Marie Descuras. D’après d’autres registres, ce Pierre Bourdage serait décédé en 1686 ou 1696. Quant à son père, les 2 seuls Jean Bourdage (non Bordage) de cette paroisse d’âge pour être son père, étaient Jean Bourdage, bourgeois marié à Dame Marie Descuras et Jean Bourdage, maître tailleur d’habits marié à Isabel ou Elisabeth Quintal ou Quintat. Autre fait à noter, je n’ai pas trouvé aucun Raymond Bourdages (Bordages) né dans cette paroisse de 1680 à 1791. En plus, les paroissiens de cette paroisse, faisaient partie de la bourgeoisie.
Donc, d’après ces résultats, la thèse que Pierre Bordage, le père de Raymond, venait de la paroisse de Saint Jean d’Angoulème n’est pas crédible, pas plus que Raymond Bourdages venait de cette région de la France. En plus en 1987, Pierre Bourdages dans son livre « Racines vivantes », arrive à la même conclusion.
L’Hypothèse Estancarbon, France…
Étant donné que je n’ai pas trouvé de « Raymond » dans les registres de la paroisse de Saint-Jean d’Angoulème, j’ai pensé faire une recherche sur l’origine du prénom Raymond. Voici ce qu’en dit le dictionnaire Wikipedia : « Raymond est un prénom masculin d’origine germanique. Il vient de rad ou ragin (conseil) et de mundo (protection), et signifie « celui qui protège par conseil éclairé.
Variantes linguistiques: allemand : Raimund; français, allemand, anglais: Raymond; espagnol: Raimundo, Ramon; italien : Raimondo; occitan: Ramond; polonais: Rajmund; tahicien: Raimundo; basque: Ramuntcho. Au Moyen-Âge, ce prénom est notamment populaire dans le sud-ouest de la France, région de Toulouse et dans le nord-est de l’Espagne, notamment en Catalogne, peut-être avec l’influence des Wisigoths, peuple d’origine germanique qui domine la région entre les Ve et le VIIIe siècles.
La découverte de Bona Arsenault, généalogiste du Québec…
Donc, est-ce possible notre ancêtre Raymond Bourdages soit originaire du sud-ouest de la France? C’est ainsi que j’ai poursuivi mes recherches en m’appuyant sur une découverte faite par Bona Arsenault lors de ses travaux aux Archives nationales du Québec, alors situées sur le campus de l’Université Laval. En consultant les minutes notariales de Québec pour la période correspondant à la présence documentée de Raymond Bourdages en Gaspésie, il mit au jour un acte notarié jusqu’alors inexploité, daté du 27 septembre 1764 et signé par Raymond Bourdages, négociant à Québec, reçu par le notaire royal Moreau.
Il s’agit d’une procuration par laquelle Raymond Bourdages donne pouvoir à un mandataire de retirer et de gérer diverses ordonnances et lettres de change du Canada, dont le montant global, tel qu’indiqué dans un bordereau signé du constituant, s’élève à environ soixante-sept mille trois cents livres, somme considérable pour l’époque. Contrairement à ce qui a parfois été avancé, cette procuration n’est pas consentie au curé d’Estancarbon, mais concerne des fonds remis ou transitant notamment par Pierre Bordage, prêtre et curé de la paroisse d’Estancarbon, diocèse de Comminges, ainsi que par des négociants établis en France.
Un élément particulièrement révélateur apparaît dans une note marginale de l’acte, où il est précisé que Raymond Bourdages a lui-même remis une somme de trois mille livres en ordonnances à monsieur Taillandier, négociant à Toulouse. Cette mention implique très vraisemblablement un séjour personnel de Raymond Bourdages en France, Toulouse se trouvant à proximité immédiate d’Estancarbon, dans la même région du Comminges.
La combinaison de ces indices — relations financières directes avec le curé d’Estancarbon, confiance accordée à des intermédiaires locaux, et remise personnelle d’ordonnances à un négociant toulousain — constitue un ensemble circonstanciel cohérent qui renforce sensiblement l’hypothèse selon laquelle Raymond Bourdages était originaire d’Estancarbon ou, à tout le moins, y possédait des attaches familiales étroites. Sans constituer une preuve explicite de filiation, cette procuration révèle un réseau relationnel et géographique difficilement explicable autrement.
La piste Pierre Bourdages, curé d’Estancarbon, France…
D’après ces informations, j’ai effectué des recherches sur ce Pierre Bordage, prêtre curé de la paroisse d’Estancarbon, diocèse de Comminges, parlement de Toulouse, en Haute Garonne.
D’abord, ce Pierre Bordages a bien existé. J’ai trouvé dans l’histoire d’Estancarbon et plus précisément dans la revue Gallica, qu’il avait été curé de la paroisse d’Estancarbon de 1746 à 1792. Également dans la même revue, j’ai trouvé la référence et le recueil de poésie de cet abbé Pierre Bordages, intitulé « Mes ennuis ou recueil de quelques pièces de poésie, mêlées de proses… » Ce recueil à été imprimé à Toulouse vers l’an 1786. Dans la même revue, on dit qu’il est né à Landorthe, paroisse voisine d’Estancarbon, le 13 juin 1712. Il parlait le Landes de Landorthe. On dit aussi que la « famille Bordages » était originaire de Landorthe. Un hameau indiqué sur les cartes du XVIII siècle porte encore de nos jours le nom « Bordages ou Bourdages ». Dans la même revue Gallica, on y dit que M. Bordages fut pourvu la cure d’Estancarbon, voisine de son lieu natal, en février 1746, à la place de M. Rinaud. Dans cette même revue, on dit que la signature du curé d’Estancarbon revêtait toujours la forme de « Pierre Bourdages ». Également, on y dit que les Bordages étaient très nombreux dans les communes de Landorthe et Savarthès, voisines d’Estancarbon. Enfin, dans la même revue, on y dit que Pierre Bordages (Bourdages) ex-curé, mourut à Estancarbon le 17 avril 1796, à l’âge de 84 ans.
La pépinière des Bourdages…
J’ai donc effectué des recherches dans les archives numérisées de la Haute-Garonne dans les communes de Landorthe, Savarthès, et Estancarbon situées à 2-3 kilomètres, l’une de l’autre. D’abord, dans les registres de Landorthe et Savarthès, j’ai trouvé pas moins de 179 naissances de « Bourdatges » qui y sont nés entre 1670 et 1765, dont 6 « Raymond ». En plus, entre 1671 et 1700, j’ai noté quelques 25 Bourdatges mariés et nés avant 1670, dont 5 étaient nommés « Raymond Bourdatges ». Les prénoms les plus populaires étaient : Jean(28), Jeanne(17), et Pierre(16). Des « Raymond » que j’ai trouvé dans les registres de Landorthe et de Savarthès, aucun est né dans la période de 1728 à 1731.
Notre ancêtre Raymond Bourdages…
Dans la commune d’Estancarbon, j’ai trouvé 9 naissances de « Bourdatges » entre 1718 et 1765, dont un seul Raymond « Bourdatges » né le 12 mars 1731.
L’acte de naissance se lit comme suit : « L’an que dessus(1731) et le 12è mars est né et a été par moy baptisé raymond bourdatges fils legitime et naturel a jean bourdatges et catherine guchareau mariés. Parrein raymond bourdatges, marreine marie brun, tous deux habitants d’estanbcarbon. En foy de quoy Pouy curé ».
Nous savons que notre ancêtre Raymond Bourdages et le curé Pierre Bordages signaient leur nom «Bourdages». Alors, comment expliquer la différence d’épellation « Bourdatges» trouvée dans les registres de Landorthe, Savarthès, et Estancarbon. À cet égard une de mes correspondances avec le Conseil départemental de la Haute Garonne, Toulouse l’explique tel que suit : « l’orthographe du nom « Bourdatges » vient du fait qu’en occitan le « G » se prononçait « TG », le curé ou les notaires ayant eu à l’écrire ont donc francisé à l’écrit ce qu’ils entendaient c’est-à-dire « TG ». Avec le temps ne s’est gardé que l’orthographe originelle avec « G » mais en francisant la prononciation ».
C’est donc dire que ces trois communes, Landorthe, Savarthès, et Estancarbon représentent peut-être la pépinière de « Bourdatges/Bourdages » tant recherchée. En assumant que notre ancêtre Raymond Bourdages soit né vers 1728-1731, ce Raymond Bourdatges, né à Estancarbon le 12 mars 1731, pourrait être certainement notre ancêtre venu en Acadie vers 1747-1755.
Le contrat d’engagement et le départ pour Québec
Pendant longtemps, les circonstances exactes de l’arrivée de Raymond Bourdages en Amérique demeuraient inconnues. Bien que plusieurs auteurs aient affirmé qu’il était né en France et qu’il était arrivé en Nouvelle-France avant son mariage en Acadie, aucun document ne permettait de retracer avec précision son départ ni de confirmer son lieu d’origine.
Une avancée importante dans mes recherches est venue grâce à M. Rénald Lessard, archiviste-coordonnateur à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Dans le cadre de sa thèse de doctorat sur le corps médical canadien aux XVIIe et XVIIIe siècles, il avait relevé dans ses notes deux références concernant un certain Raymond Bourdages : un contrat d’engagement signé à Bordeaux en 1751 et une liste de passagers du navire L’Achille de la même année. M. Lessard a eu l’amabilité de me transmettre ces références, ce qui m’a permis d’entreprendre de nouvelles recherches.
À partir de ces informations, j’ai communiqué avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec afin d’obtenir copie de la liste des passagers de L’Achille. Ce document confirme la présence de Raymond Bourdages parmi les engagés embarqués à Bordeaux le 7 juin 1751 à destination de Québec.
J’ai ensuite poursuivi mes démarches auprès des Archives départementales de la Gironde, à Bordeaux, afin de retrouver le contrat d’engagement mentionné dans les notes de M. Lessard. Les archivistes ont pu localiser l’acte original signé devant le notaire Parran le 5 juin 1751 et m’en fournir une reproduction.
Ce contrat constitue aujourd’hui l’un des documents les plus importants retrouvés sur notre ancêtre. On y apprend que Raymond Bourdages est âgé de vingt ans, qu’il exerce déjà la profession de chirurgien et qu’il est natif d’« Estancarbon, diocèse de Comminges ». Deux jours plus tard, le 7 juin 1751, il s’embarque à bord du navire L’Achille pour entreprendre la traversée de l’Atlantique vers Québec.
Cette découverte m’a conduit à consulter le portail Advitam des Archives nationales du Québec afin de déterminer à quel moment le navire L’Achille, commandé par le capitaine Martin D’Haraneder, était arrivé à Québec. C’est ainsi que j’ai retrouvé deux procédures judiciaires opposant le capitaine Martin D’Haraneder aux marchands Revol et Jayat, ainsi que les appels entendus devant l’Amirauté de Québec le 4 octobre 1751. L’analyse de ces documents a permis d’établir que L’Achille était déjà arrivé à Québec avant le 22 septembre 1751, soit plusieurs jours avant la première ordonnance rendue dans l’une de ces affaires. Bien que ces causes portent principalement sur un différend commercial entre le capitaine et les marchands, elles apportent un éclairage inattendu sur la chronologie du voyage et permettent de situer l’arrivée de Raymond Bourdages à Québec avant le 22 septembre 1751.
L’importance de ces découvertes dépassent largement la seule question de son voyage vers la Nouvelle-France. Pendant de nombreuses années, plusieurs hypothèses ont circulé quant à ses origines françaises, notamment une provenance de Saint-Jean d’Angoulême, France. Or, dans son contrat d’engagement, Raymond Bourdages déclare lui-même être natif d’Estancarbon, dans le diocèse de Comminges.
Cette information prend une valeur encore plus grande lorsqu’on la compare aux registres paroissiaux d’Estancarbon. Ceux-ci révèlent la naissance, le 12 mars 1731, d’un unique Raymond Bourdatges, fils de Jean Bourdatges et de Catherine Guchareau. L’âge indiqué dans le contrat d’engagement correspond parfaitement à celui de cet enfant baptisé à Estancarbon. La concordance entre le nom, l’âge, le lieu d’origine et la profession de chirurgien constitue un ensemble de preuves particulièrement convaincant.
Ainsi, le contrat d’engagement du 5 juin 1751, la liste des passagers de L’Achille du 7 juin 1751 et l’acte de baptême d’Estancarbon du 12 mars 1731 forment aujourd’hui un ensemble documentaire cohérent qui permet d’établir avec un très haut degré de certitude les origines françaises de Raymond Bourdages et de retracer les premières étapes de son parcours vers la Nouvelle-France.
Les reproductions du contrat d’engagement, de la liste des passagers de L’Achille, ainsi que des copies et transcriptions de ces procédures judiciaires à Québec peuvent être consultés à la page Archives de ce site.
Ces découvertes permettent aujourd’hui de mieux comprendre les origines françaises de Raymond Bourdages et les circonstances de son arrivée en Nouvelle-France. Elles soulèvent toutefois de nouvelles questions qui feront l’objet de recherches futures. Nous savons maintenant qu’il arrive à Québec peu avant le 22 septembre 1751 comme chirurgien engagé, mais son parcours au Canada entre 1751 et 1755 demeure encore largement méconnu. Lorsque son nom réapparaît dans les archives à partir de 1755, il est déjà maître chirurgien au sein de la garnison de Charles Deschamps de Boishébert en Acadie. Comment est-il passé du statut de jeune engagé de vingt ans à celui de maître chirurgien reconnu? A-t-il exercé dans la région de Québec pendant les trois années de son engagement? A-t-il été au service de l’armée ou d’un établissement particulier avant de rejoindre Boishébert? Ces questions demeurent ouvertes. Parallèlement, les recherches se poursuivent en France afin de mieux documenter son milieu familial à Estancarbon et de retrouver, si possible, des traces de son apprentissage en chirurgie, que ce soit dans les archives notariales, les registres professionnels ou les documents relatifs aux praticiens du Comminges. Chaque nouvelle découverte contribue à éclairer davantage le parcours exceptionnel de cet ancêtre dont la vie relie aujourd’hui les Pyrénées françaises, l’Acadie et la Gaspésie.
Raymond BOURDAGES en Acadie…
Dans cette perspective, j’ai poursuivi mes recherches afin d’approfondir les connaissances sur le parcours de Raymond Bourdages en Nouvelle-France et en Acadie.
Une découverte inattendue : le dossier Panet
Au cours de mes recherches, j’ai retrouvé la référence d’une copie collationnée réalisée par le notaire Jean-Antoine Panet le 5 septembre 1778. La description sommaire de ce document ne permettait pas d’en connaître le contenu, mais elle semblait suffisamment prometteuse pour justifier une demande de reproduction numérique auprès des Archives nationales du Québec.
À la réception du document, une surprise m’attendait. Les premières pages ne contenaient pas un acte notarié mais l’acte original du mariage de Raymond Bourdages et d’Esther LeBlanc, célébré à la paroisse Saint-Joseph de la rivière Saint-Jean le 22 février 1756 par le père Charles Germain.
L’acte était immédiatement suivi d’une attestation délivrée par l’archevêché de Québec le 28 juillet 1775, certifiant l’authenticité de la signature du père Charles Germain. Le reste du dossier renfermait plusieurs lettres d’affaires relatives aux activités commerciales de Raymond Bourdages avec les Antilles.
Cette découverte dépassait largement l’objectif initial de ma demande. En consultant ce qui semblait être une simple copie collationnée, je venais de mettre au jour un ensemble documentaire qui apportait des renseignements inédits sur la vie familiale et les activités commerciales de Raymond Bourdages.
Les documents réunis dans ce dossier allaient devenir le point de départ de plusieurs nouvelles pistes de recherche. Ils permettaient non seulement de confirmer certains faits déjà connus, mais aussi de mieux comprendre le contexte dans lequel Raymond Bourdages évoluait au cours des années 1750 et 1770.
Le mariage de Raymond Bourdages et d’Esther LeBlanc
Avant la découverte du dossier Panet, les connaissances sur le mariage de Raymond Bourdages et d’Esther LeBlanc reposaient essentiellement sur les travaux de Bona Arsenault et de Pierre Bourdages. Tous deux situaient cette union à la rivière Saint-Jean, devant le père Charles Germain, mais ils divergeaient quant à la date du mariage. Bona Arsenault le situait en 1756, tandis que Pierre Bourdages estimait qu’il avait probablement été célébré à l’automne 1755.
La découverte de l’acte original a permis de mettre fin à cette incertitude. Celui-ci établit que Raymond Bourdages et Esther LeBlanc se sont mariés le 22 février 1756 à la paroisse Saint-Joseph de la rivière Saint-Jean, en présence du père Charles Germain.
Au-delà de la date du mariage, ce document confirme également que Raymond se trouvait déjà auprès de la communauté acadienne réfugiée à la rivière Saint-Jean quelques mois après le début de la Déportation de 1755. Il témoigne aussi de la présence du père Charles Germain, missionnaire jésuite auprès des Malécites, qui assurait alors le ministère auprès des familles acadiennes établies dans cette région.
Cette découverte soulève toutefois de nouvelles questions. À quel moment Raymond Bourdages est-il arrivé à la rivière Saint-Jean? Comment s’est-il intégré au groupe dirigé par Charles Deschamps de Boishébert? A-t-il participé aux déplacements des réfugiés acadiens avant son mariage? Les archives consultées jusqu’à présent ne permettent pas encore de répondre à ces interrogations, qui demeurent parmi les principales pistes de recherche pour cette période de sa vie.
Les reproductions de l’acte original du mariage, de sa transcription ainsi que des documents qui l’accompagnent peuvent être consultées à la page Archives de ce site.
L’attestation de l’archevêché de Québec
La découverte de l’acte de mariage n’était pas la seule surprise que réservait le dossier Panet. Celui-ci contenait également une attestation délivrée par l’archevêché de Québec le 28 juillet 1775, certifiant l’authenticité de la signature du père Charles Germain apposée au bas de l’acte de mariage.
À première vue, ce document peut sembler n’être qu’une simple formalité administrative. Pourtant, sa présence soulève une question importante. Pourquoi Raymond Bourdages a-t-il entrepris, près de vingt ans après son mariage, de faire authentifier un acte célébré à la paroisse Saint-Joseph de la rivière Saint-Jean?
L’attestation démontre qu’en 1775, il était devenu nécessaire de produire une preuve officielle de son mariage. Les raisons précises de cette démarche demeurent inconnues, mais le fait que cette attestation ait ensuite été déposée chez le notaire Jean-Antoine Panet, avec plusieurs autres documents appartenant à Raymond Bourdages, laisse croire qu’elle répondait à un besoin bien précis.
La suite du dossier apporte un élément de réponse. Après l’acte de mariage et l’attestation de l’archevêché se trouvent plusieurs lettres relatives aux activités commerciales de Raymond Bourdages avec les Antilles. Bien qu’aucun document n’établisse un lien direct entre ces différentes pièces, leur conservation dans un même dossier suggère qu’elles étaient toutes jugées importantes par Raymond ou par le notaire au moment où la copie collationnée a été réalisée en 1778.
Les premières traces de ses activités commerciales
Cette constatation m’a amené à examiner de plus près ces lettres afin de mieux comprendre les activités commerciales de Raymond Bourdages au cours des années 1770. Cette nouvelle piste de recherche allait révéler une facette encore peu connue de sa vie, celle d’un marchand établi dans la baie des Chaleurs et engagé dans le commerce maritime avec les Antilles.
Parmi ces documents figurent plusieurs lettres d’affaires échangées avec des marchands établis au Môle Saint-Nicolas, à Saint-Domingue. Leur présence dans ce dossier révèle une facette jusqu’alors peu documentée de la vie de Raymond Bourdages et démontre qu’il entretenait des relations commerciales avec les Antilles au milieu des années 1770.
Le dossier contient également l’enregistrement de la goélette Aimable Esther, effectué au port de Québec le 11 juillet 1775. Ce document confirme qu’Esther LeBlanc et Raymond Bourdages en étaient co-propriétaires et apporte un nouvel éclairage sur leur activités maritimes.
Cet enregistrement du navire l’Aimable Esther m’a amené à approfondir les recherches sur les navires associés à Raymond Bourdages afin de mieux comprendre l’étendue de ses activités maritimes et commerciales. Cette démarche a permis de retrouver d’autres documents qui complètent progressivement le portrait de ses entreprises dans la baie des Chaleurs.
Les reproductions des lettres commerciales, de l’enregistrement de l’Aimable Esther ainsi que leur transcription peuvent être consultées à la page Archives de ce site.
À la recherche des autres navires de Raymond Bourdages
La découverte de l’enregistrement de l’Aimable Esther m’a amené à poursuivre mes recherches sur les activités maritimes de Raymond Bourdages. Toutefois, la découverte des autres navires qui lui étaient associés est survenue de façon tout à fait inattendue.
Au printemps 2026, j’avais communiqué avec M. Rénald Lessard, archiviste-coordonnateur à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, afin d’obtenir des renseignements sur deux listes d’embarquement de militaires français conservées dans la série A1 – Correspondance générale des opérations militaires. Mon objectif était alors de vérifier si Raymond Bourdages figurait parmi les passagers ayant quitté Québec pour la France à la fin de l’année 1760.
En répondant à ma demande, M. Lessard m’a transmis un résumé biographique de Raymond Bourdages qu’il avait constitué au fil de ses recherches. Parmi les nombreuses informations qu’il contenait figuraient deux mentions qui ont immédiatement retenu mon attention : Raymond Bourdages aurait été maître du sloop Adventurer de 14 tonneaux, propriété de John Marteilhe, en 1763, et copropriétaire du sloop Casar de 30 tonneaux, construit à Bonaventure en 1763.
La première vérification a permis de retrouver l’enregistrement du sloop Adventurer. Ce document confirme l’existence du navire et identifie les personnes associées à son exploitation. Il fait notamment apparaître John (Jean) Marteilhe, important marchand de Québec et propriétaire du bâtiment, ainsi que Raymond Bourdages, qui en était le maître. Cette découverte révèle que Raymond occupait déjà une fonction de confiance dans le commerce maritime peu après son établissement dans la baie des Chaleurs.
La poursuite des recherches a ensuite conduit à l’enregistrement du sloop Casar. Ce registre indique que le navire, d’un tonnage de trente tonneaux, a été construit à Bonaventure en 1763. Il identifie également ses copropriétaires : Raymond Bourdages, Benjamin LeBlanc et Jean Cormier, démontrant ainsi que Raymond participait directement au financement et à l’exploitation d’un navire avec d’autres entrepreneurs de la région.
Cette découverte faisait écho à un document que j’avais étudié précédemment dans le dossier des revendications des terres de Bonaventure. Dans son témoignage, M. Loubert déclare qu’en 1763, deux bâtiments furent construits à Bonaventure, dont l’un pour Raymond Bourdages. Le témoignage ne précise malheureusement pas le nom de ce bâtiment. Toutefois, il est particulièrement intéressant de constater que le registre d’immatriculation du Casar indique lui aussi qu’il a été construit à Bonaventure en 1763 et que Raymond Bourdages en était l’un des copropriétaires.
Les reproductions des registres de l’Adventurer et du Casar, accompagnées de leur transcription et de leur description, peuvent être consultées à la page Archives de ce site.
Les Billets d’Acadie : premiers indices d’un réseau commercial
Les découvertes relatives aux activités commerciales de Raymond Bourdages, à ses navires et à ses relations d’affaires avec les Antilles m’ont amené à me poser une nouvelle question. Son implication dans le commerce maritime avait-elle commencé seulement après son établissement dans la baie des Chaleurs ou remontait-elle plutôt aux années de la guerre de Sept Ans?
J’ai entrepris de consulter la collection des certificats du Canada et billets d’Acadie (1750-1760) accessible dans Advitam, le catalogue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Cette importante collection rassemble des centaines de certificats, billets et ordonnances produits durant les dernières années du régime français afin de rembourser les personnes qui fournissaient des marchandises ou rendaient des services à l’administration coloniale et aux forces françaises en Acadie.
Contrairement à plusieurs autres fonds d’archives, cette base de données est indexée et peut être consultée par nom, date, lieu ou différents autres critères de recherche. En effectuant une recherche au nom de Raymond Bourdages, j’ai rapidement retrouvé trois billets le concernant. Cette découverte constituait la première preuve documentaire directe de sa participation au réseau d’approvisionnement mis en place durant la guerre de Sept Ans.
Le premier billet, daté du 10 janvier 1758 à la rivière Saint-Jean, concerne la fourniture de douze peignes de corne pour une valeur de vingt-quatre livres.
Le deuxième, daté du 1er mars 1758, porte sur la fourniture d’une chaudière de cuivre, évaluée à quarante-deux livres.
Le troisième billet, beaucoup plus important, est daté du 10 octobre 1758 à Miramichi. Il fait état de la livraison de 440 aunes de drap de Mazamet ainsi que de quarante et une couvertures, pour une valeur totale de 10 700 livres.
Pris individuellement, chacun de ces documents apporte un renseignement intéressant. Considérés ensemble, ils révèlent toutefois une réalité beaucoup plus significative. Ils démontrent que Raymond Bourdages participait activement au réseau d’approvisionnement mis en place autour de la garnison de Charles Deschamps de Boishébert et des communautés acadiennes réfugiées. Ils constituent les premiers indices concrets de l’importance des responsabilités qui lui étaient confiées durant la guerre de Sept Ans.
Ces billets soulèvent néanmoins plusieurs nouvelles questions. Raymond Bourdages agissait-il pour son propre compte ou comme représentant d’un marchand? Comment parvenait-il à se procurer des marchandises aussi variées que des peignes, une chaudière de cuivre, du drap de Mazamet ou des couvertures dans un contexte de guerre? Était-il chargé de leur distribution auprès des réfugiés ou des troupes françaises? Enfin, quel rôle occupait-il exactement au sein de l’organisation mise en place par Boishébert?
Pour tenter de répondre à ces interrogations, il devenait nécessaire de mieux comprendre le contexte dans lequel Raymond Bourdages évoluait alors. Cette nouvelle piste de recherche m’a conduit à approfondir l’histoire de Charles Deschamps de Boishébert, de sa garnison, des réfugiés acadiens et du rôle joué par les chirurgiens de levée pendant la guerre de Sept Ans.
Les reproductions des trois Billets d’Acadie, accompagnées de leur transcription et de leurs références archivistiques, peuvent être consultées à la page Archives de ce site.
À la recherche du maître-chirurgien de Boishébert
La découverte des trois Billets d’Acadie soulevait une nouvelle question. Si Raymond Bourdages participait à l’approvisionnement de la garnison de Charles Deschamps de Boishébert et des réfugiés acadiens, quel rôle occupait-il exactement au sein de cette organisation?
Au fil de ces recherches, j’ai consulté plusieurs ouvrages et études spécialisés qui m’ont permis de replacer Raymond Bourdages dans son véritable contexte historique.
Une découverte s’est révélée particulièrement importante. Les travaux de M. Rénald Lessard sur les praticiens de la médecine en Nouvelle-France, notamment sa thèse de doctorat, m’ont permis de mieux comprendre le rôle des chirurgiens de levée recrutés en France durant la guerre de Sept Ans. J’y ai découvert que ces praticiens étaient engagés afin de répondre aux besoins grandissants de la colonie en personnel médical et qu’ils pouvaient être affectés auprès des troupes, des postes militaires ou des établissements de la colonie selon les besoins du moment.
Cette lecture m’a amené à revoir plusieurs conclusions que j’avais tirées auparavant. Jusqu’alors, je connaissais Raymond Bourdages surtout comme marchand, propriétaire de navires et pionnier de Bonaventure. Les recherches entreprises démontraient désormais que sa formation de chirurgien constituait probablement le point de départ de toute son aventure canadienne.
En poursuivant cette enquête, j’ai également consulté les travaux d’André-Carl Vachon, notamment son ouvrage Les réfugiés et miliciens acadiens en Nouvelle-France, 1755-1763. Cette étude apporte un éclairage précieux sur l’organisation de la résistance française en Acadie, les déplacements des réfugiés et les conditions de vie dans lesquelles Raymond Bourdages a vraisemblablement exercé ses fonctions.
Ces recherches montrent qu’il faisait partie d’un environnement où militaires, miliciens acadiens, réfugiés et alliés autochtones vivaient et se déplaçaient ensemble au gré des opérations militaires menées par Boishébert.
Toutefois, plusieurs questions demeurent. À quel moment Raymond Bourdages a-t-il rejoint Boishébert? Comment est-il passé du statut de chirurgien engagé à Bordeaux en 1751 à celui de maître-chirurgien quelques années plus tard? A-t-il exercé auprès d’un maître-chirurgien dans la région de Québec avant d’être affecté en Acadie? Les archives consultées jusqu’à présent ne permettent pas encore de répondre avec certitude à ces interrogations.
Ces nouvelles pistes de recherche m’ont naturellement conduit à m’intéresser davantage aux réfugiés acadiens qui accompagnaient Boishébert, et plus particulièrement à la famille d’Esther LeBlanc, que Raymond Bourdages épousera à la paroisse Saint-Joseph de la rivière Saint-Jean en 1756.
À la recherche des réfugiés acadiens
Les recherches sur Charles Deschamps de Boishébert et sur les Billets d’Acadie soulevaient toutefois de nouvelles questions. Qui étaient les familles acadiennes avec lesquelles il vivait et travaillait pendant la guerre de Sept Ans, et comment s’était-il intégré à cette communauté?
J’ai donc entrepris d’approfondir mes recherches sur les réfugiés acadiens regroupés autour de Boishébert à la rivière Saint-Jean, à Miramichi et dans les autres postes établis après le début de la Déportation de 1755. Les travaux d’André-Carl Vachon, particulièrement son ouvrage ‘Les réfugiés et miliciens acadiens en Nouvelle-France, 1755-1763‘, se sont révélés d’une aide précieuse pour mieux comprendre les déplacements de ces familles, leurs conditions de vie et l’organisation de cette communauté de réfugiés.
Au fil de cette lecture, j’y ai fait plusieurs découvertes concernant Raymond Bourdages et la famille LeBlanc. L’une d’elles m’a particulièrement marqué. André-Carl Vachon identifie Raymond Bourdages, Esther LeBlanc, son épouse, ainsi que les frères et sœurs de celle-ci — Benjamin LeBlanc, frère jumeau d’Esther, Jean-Baptiste LeBlanc, Ursule LeBlanc, Blanche LeBlanc et Elizabeth LeBlanc — parmi les 197 passagers de l’un des deux navires ayant quitté l’Île Saint-Jean vers le 30 septembre 1756 pour gagner Québec, où ils arrivèrent vers le 18 octobre 1756.
Cette découverte permet de reconstituer avec beaucoup plus de précision une étape importante de leur parcours. Elle démontre qu’après leur mariage célébré à la rivière Saint-Jean le 22 février 1756, Raymond et Esther quittèrent l’Acadie avec plusieurs membres de la famille LeBlanc afin de rejoindre Québec dans le contexte des opérations militaires françaises. Elle montre également que Raymond partageait désormais le destin de cette famille acadienne et des nombreux réfugiés déplacés par la guerre.
La consultation du même ouvrage m’a également conduit à l’Annexe 9 – Liste des miliciens acadiens du 13 septembre 1759. En parcourant cette liste, j’y ai découvert les notices consacrées à Raymond Bourdages, Benjamin LeBlanc, frère jumeau d’Esther, et Jean-Baptiste LeBlanc, son autre beau-frère. La notice de Raymond le décrit comme étant âgé de 28 ans, né en 1731, époux d’Esther LeBlanc et originaire de France. Bien que cette source ne précise pas son lieu de naissance, elle constituait, bien avant la découverte de son contrat d’engagement à Bordeaux et de son acte de baptême à Estancarbon, un indice important confirmant son origine française.
La présence de Raymond, de Benjamin et de Jean-Baptiste dans cette liste revêt également une grande importance. Comme l’explique André-Carl Vachon, ces miliciens acadiens participèrent aux batailles des Plaines d’Abraham en 1759 et de Sainte-Foy en 1760. Cette découverte permet de situer Raymond Bourdages au cœur des derniers grands affrontements de la guerre de Sept Ans et démontre qu’il demeurait étroitement lié à sa belle-famille et à la communauté acadienne jusqu’à la fin du régime français.
C’est en cherchant à mieux comprendre cette période charnière de sa vie que mes recherches m’ont conduit à examiner les documents relatifs à son projet de retour en France à la fin de l’année 1760, ouvrant ainsi une nouvelle piste de recherche qui allait réserver d’autres découvertes inattendues.
Le retour en France de 1760 : une piste de recherche inattendue
Les découvertes réalisées dans les travaux d’André-Carl Vachon permettaient désormais de suivre Raymond Bourdages jusqu’aux campagnes de Québec de 1759 et de 1760. Une question importante demeurait toutefois sans réponse. Que lui était-il arrivé après la capitulation de Montréal, alors que les troupes françaises s’apprêtaient à quitter définitivement la Nouvelle-France?
Vers 2018, lorsque j’ai commencé à m’intéresser plus sérieusement à l’histoire de notre ancêtre Raymond Bourdages, j’ai entrepris de reprendre les recherches réalisées auparavant par différents auteurs. Parmi celles-ci figurait la présentation que Bona Arsenault avait prononcée lors des retrouvailles des familles Bourdages tenues à Bonaventure en juillet 1987. Deux découvertes qu’il y présentait allaient orienter une partie importante de mes recherches.
La première concernait un acte de don mutuel passé devant le notaire Simon Sanguinet le 17 octobre 1760. À la suite de cette lecture, j’ai entrepris de retrouver l’acte original dans les greffes des notaires conservés aux Archives nationales du Québec, où j’ai pu en obtenir une copie numérisée. J’ai également comparé ce document avec la transcription publiée dans l’ouvrage Racines vivantes, de Pierre Bourdages, dont un exemplaire autographié avait été remis à mon frère lors des retrouvailles des familles Bourdages de 1987.
Le contenu de cet acte s’est révélé particulièrement révélateur. Raymond Bourdages et son épouse Esther LeBlanc y déclarent avoir deux jeunes enfants « faibles et infirmes » et précisent que Raymond est « sur le point de faire le voyage en Europe en la vieille et ancienne France ». Cette mention constitue la première preuve documentaire trouvée démontrant son intention de retourner en France quelques jours seulement après la capitulation de Montréal.
Cette découverte soulevait toutefois plusieurs nouvelles questions. Raymond Bourdages a-t-il réellement effectué ce voyage? Combien de temps est-il demeuré en France? A-t-il réussi à régler les affaires qui semblaient motiver son retour? À quel moment est-il revenu en Nouvelle-France?
À ce jour, aucune preuve documentaire n’a encore été retrouvée permettant de confirmer que ce voyage en France a réellement eu lieu. Toutefois, les recherches menées sur les actes de baptême des enfants de Raymond et d’Esther apportent un élément intéressant à cette réflexion. Leur fils Benjamin Marie est baptisé à L’Ancienne-Lorette le 8 août 1762. Si Raymond Bourdages est effectivement parti pour la France à la fin d’octobre 1760, comme semble l’indiquer l’acte de Simon Sanguinet, il devait nécessairement être revenu en Nouvelle-France au moins environ neuf mois avant la naissance de cet enfant. Cette observation ne permet pas de démontrer que le voyage a eu lieu, mais elle fournit un repère chronologique utile qui oriente les recherches futures.
Afin de tenter de répondre à ces interrogations, j’ai entrepris de rechercher les listes d’embarquement des militaires et des civils ayant quitté Québec à la fin de l’année 1760. Mes recherches m’ont conduit vers la série A1 – Correspondance générale des opérations militaires, décrite dans le catalogue Advitam de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. J’y ai repéré deux documents qui semblaient particulièrement prometteurs : la Liste des officiers de l’État-major des troupes de terre embarqués sur les vaisseaux La Marie et La Jeanne, datée du 27 novembre 1760, ainsi que l’État de l’embarquement des troupes de Québec.
J’ai alors communiqué avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec afin de savoir si ces documents étaient numérisés et s’il était possible de vérifier si le nom de Raymond Bourdages y figurait. Bien que je n’ai pas encore reçu de réponse concernant ces deux documents, cette démarche a néanmoins donné lieu à un échange particulièrement enrichissant avec M. Rénald Lessard, archiviste-coordonnateur.
Dans sa réponse, M. Lessard m’a communiqué plusieurs renseignements biographiques et archivistiques qu’il avait réunis au sujet de Raymond Bourdages. Parmi ceux-ci figuraient notamment des références à son départ de Bordeaux en 1751 à bord de L’Achille, au sloop Adventurer, au Casar, à ses licences de taverne dans la baie des Chaleurs ainsi qu’à plusieurs autres documents qui m’étaient alors inconnus. Ces renseignements allaient ouvrir de nouvelles pistes de recherche qui orienteraient une partie importante de mes travaux au cours des années suivantes.
La seconde découverte mentionnée par Bona Arsenault dans sa présentation de 1987 concernait une procuration passée devant le notaire Moreau le 27 septembre 1764. Il expliquait l’avoir découverte « au cours de l’une de [ses]fréquentes visites aux Archives nationales du Québec », en précisant qu’il s’agissait d’un acte alors inédit portant la signature de Raymond Bourdages. Cette référence méritait elle aussi d’être approfondie.
J’ai donc demandé aux Archives nationales du Québec une copie numérisée de cette procuration. L’écriture de l’original étant particulièrement difficile à déchiffrer, j’ai également demandé qu’une transcription en soit réalisée. Cette demande a été acceptée et la transcription fait maintenant partie des actes notariés transcrits conservés par les Archives nationales du Québec, ce qui en facilite grandement la consultation.
À ce stade de mes recherches, la question du retour de Raymond Bourdages en France demeure entière. En revanche, la procuration de 1764 allait ouvrir une nouvelle piste de recherche qui permettrait de mieux comprendre les liens qu’il avait conservés avec sa famille et sa région d’origine en France, tout en conduisant à l’une des découvertes les plus importantes de cette enquête.
La procuration de 1764 : une nouvelle piste vers les origines françaises de Raymond Bourdages
La lecture attentive de ce document s’est révélée particulièrement riche en renseignements. Raymond Bourdages, alors négociant à Québec, y donne procuration afin de recouvrer diverses ordonnances du Canada et lettres de change appartenant à Jacques Christophe Babuty. Ces documents avaient auparavant été remis par Raymond à Pierre Bourdages, prêtre et curé de la paroisse d’Estancarbon, au diocèse de Comminges. Advenant que celui-ci les ait transmis aux négociants Paillet et Mignardi, de La Rochelle, le procureur reçoit également le pouvoir de les récupérer auprès de ces derniers.
La procuration mentionne également plusieurs lettres de change émises au nom de Benjamin LeBlanc et de Blanche LeBlanc, ainsi que diverses ordonnances du Canada représentant des sommes importantes. Tous ces éléments démontrent que Raymond Bourdages participait activement aux démarches visant à faire parvenir ou à récupérer ces créances entre le Canada et la France quelques années seulement après la fin du régime français.
À ce stade de mes recherches, plusieurs de ces noms m’étaient inconnus. Qui était Jacques Christophe Babuty? Quel lien entretenait-il avec Raymond Bourdages? Pourquoi les ordonnances étaient-elles confiées au curé Pierre Bourdages à Estancarbon, Diocèse du Comminges, France? Ce dernier appartenait-il à la même famille que Raymond? Quel rôles jouaient les négociants Paillet et Mignardi de La Rochelle, ainsi que le négociant Taillandier de Toulouse, mentionné dans la procuration?
Toutes ces interrogations ouvraient de nouvelles pistes de recherche. Pour tenter d’y répondre, il devenait nécessaire d’identifier chacune des personnes mentionnées dans cet acte et de mieux comprendre les relations qu’elles entretenaient avec Raymond Bourdages. Parmi elles, Jacques Christophe Babuty retenait particulièrement mon attention. Son nom revenait à plusieurs reprises dans la procuration et semblait occuper une place centrale dans cette affaire. C’est donc par lui que j’ai choisi de poursuivre cette enquête.
À la recherche de Jacques Christophe Babuty
J’ai donc entrepris de retracer tout ce qu’il était possible de découvrir sur Jacques Christophe Babuty. Les recherches m’ont permis d’établir qu’il était né et baptisé à Paris le 19 mai 1722, qu’il était arrivé en Nouvelle-France en 1750 avec les Troupes de la Marine, après avoir quitté Port-Louis, en Bretagne, et qu’il avait par la suite occupé différentes fonctions liées au Magasin du Roi.
Au cours de cette recherche, j’ai également découvert que son nom apparaît au fort Beauséjour en 1751, où il agit comme témoin dans une affaire de désertion de militaires français. Cette découverte a retenu mon attention puisque Raymond Bourdages se trouve lui aussi en Acadie à partir de la fin de 1755, comme maître-chirurgien de la garnison de Charles Deschamps de Boishébert. Les documents consultés ne permettent toutefois pas d’établir si les deux hommes se connaissaient déjà à cette époque.
La découverte la plus importante est toutefois venue de son contrat de mariage. J’y ai appris que Jacques Christophe Babuty avait épousé Ursule LeBlanc, sœur d’Esther LeBlanc, à l’église Notre-Dame de Québec, le 6 février 1758. La procuration de 1764 prenait alors un tout autre sens. Jacques Christophe Babuty n’était pas un simple associé de Raymond Bourdages, mais bien son beau-frère.
Ces informations soulevaient néanmoins une nouvelle question. À quel moment Jacques Christophe Babuty avait-il fait la connaissance de la famille LeBlanc et de Raymond Bourdages? Leur rencontre remontait-elle à leur présence en Acadie durant la guerre de Sept Ans ou s’était-elle produite seulement après leur arrivée à Québec? À ce jour, ces questions demeurent entières.
En poursuivant mes recherches, j’ai également constaté que Jacques Christophe Babuty était retourné en France vers 1764, après avoir réglé une partie de ses affaires au Canada. Cette information apportait un nouvel éclairage à la procuration de Moreau, qui s’inscrivait manifestement dans ce contexte de règlement de créances et d’organisation de son départ.
Ces recherches m’ont permis de mieux comprendre les liens qui unissaient Raymond Bourdages à Jacques Christophe Babuty et à la famille LeBlanc. Elles faisaient toutefois apparaître un autre personnage dont le rôle demeure encore énigmatique : Pierre Bourdages, curé de la paroisse d’Estancarbon en France auquel Raymond avait confié les ordonnances du Canada mentionnées dans la procuration de 1764. Qui était-il? Portait-il le même patronyme par simple coïncidence ou appartenait-il à la famille de Raymond Bourdages? Ces questions vont orienter une partie de mes recherches à venir.
Les recherches se poursuivent
Les recherches présentées dans cette page ont permis de mieux documenter le parcours de Raymond Bourdages, depuis son arrivée en Nouvelle-France jusqu’à ses activités en Acadie, à Québec et dans la baie des Chaleurs. Au fil des découvertes, plusieurs documents d’archives inédits ou peu connus sont venus préciser certains épisodes de sa vie : son mariage avec Esther LeBlanc, son rôle comme maître-chirurgien auprès de Charles Deschamps de Boishébert, ses activités commerciales, sa participation à la navigation côtière, ainsi que les liens qu’il entretenait avec plusieurs membres de sa famille et de son entourage.
Ces recherches montrent également qu’une découverte en entraîne souvent une autre. La consultation d’un acte notarié, d’un registre paroissial, d’un dossier judiciaire ou d’un document administratif soulève fréquemment de nouvelles interrogations qui conduisent vers d’autres archives, parfois conservées dans des fonds ou des pays différents. C’est ainsi que cette enquête a progressivement relié des documents provenant des Archives nationales du Québec, de Bibliothèque et Archives Canada, des Archives nationales de France, des Archives départementales de la Gironde et de la Haute-Garonne, ainsi que de nombreuses autres sources imprimées et numériques.
Malgré les progrès réalisés, plusieurs aspects de la vie de Raymond Bourdages demeurent encore à éclaircir. Parmi les principales pistes qui orientent la poursuite de mes recherches figurent notamment :
- ses premières années en Nouvelle-France, entre son arrivée à Québec en 1751 et sa présence attestée auprès de Boishébert en Acadie à la fin de 1755;
- les circonstances dans lesquelles il est devenu maître-chirurgien et les documents qui pourraient témoigner de son apprentissage en France;
- son rôle exact au sein de la garnison de Boishébert et les archives militaires qui pourraient encore en conserver des traces;
- les circonstances de son éventuel retour en France à la fin de 1760, ainsi que la date et les conditions de son retour en Nouvelle-France;
- l’ampleur de ses activités commerciales, maritimes et de navigation, ainsi que l’identification d’autres navires, partenaires d’affaires ou documents pouvant compléter ce réseau;
- les liens entretenus avec sa famille demeurée en France dont ce curé Pierre Bourdages et la possibilité de retrouver d’autres actes notariés, correspondances ou documents familiaux encore inconnus.
Cette page continuera donc d’être enrichie au rythme des nouvelles découvertes. Chaque document retrouvé, aussi modeste soit-il, contribue à mieux comprendre le parcours de Raymond Bourdages et à replacer son histoire dans le contexte plus large de la guerre de Sept Ans, de la Déportation des Acadiens et des débuts du régime britannique. Si ces recherches permettent aujourd’hui de répondre à plusieurs questions, elles rappellent aussi que l’histoire demeure une enquête en constante évolution, où chaque réponse ouvre souvent la voie à de nouvelles découvertes.