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  • Tissu de Mazamet

    Voici une analyse historique complète et réaliste sur l’origine probable des 440 aunes de tissu de Mazamet fournies par Raymond Bourdages en octobre 1758 à Miramichi.

    1. Qu’est-ce que le tissu de Mazamet ?

    • Mazamet (Tarn, France) était au XVIIIᵉ siècle un centre textile majeur, surtout pour :
      • la laine foulée,
      • les draps épais,
      • et les étoffes destinées aux marchés coloniaux.

    Ce type de tissu était couramment expédié vers la Nouvelle-France pour les uniformes, les habits civils et les présents diplomatiques aux nations alliées.

    2. D’où pouvaient provenir physiquement les 440 aunes ?

    Hypothèse la plus solide : les magasins du Roi en Nouvelle-France

    Trois postes étaient les principaux centres d’entreposage :

    1. Québec
    2. Louisbourg (avant sa chute en 1758)
    3. Beauséjour et la Rivière Saint-Jean (magasins périphériques)

    Pourquoi ?

    Parce que la quantité est immense :
    👉 440 aunes ≈ 500 mètres de tissu !
    Impossible qu’un particulier ait pu l’importer clandestinement.

    Ce volume ne peut provenir que :

    • des cargaisons officielles du Roi de France,
    • ou des surplus réquisitionnés dans les entrepôts coloniaux en 1757–1758.

    3. Qui étaient les fournisseurs français officiels ?

    À Mazamet :

    • Manufactures de draps “du Lévézou, de Lacaune, de Saint-Pons et du Monts de Lacaune”, toutes regroupées dans le commerce mazamétain.
    • Ces manufactures expédiaient leurs tissus via les marchands négociants de :

    À Toulouse :

    • Maisons de négoce spécialisées dans l’exportation vers les colonies :
      • Maison Clavière
      • Maison Baux
      • Maison Lacombe

    À Bordeaux (port d’embarquement) :

    Les étoffes destinées au Canada passaient presque toujours par Bordeaux, via :

    • Maison Gradis (énorme fournisseur de la Nouvelle-France)
    • Maison Sabatier
    • Maison Journu-Aubert

    Ces maisons expédiaient des milliers de pièces de drap, de couvertures et d’étoffes dans les cargaisons annuelles des navires royaux.

    👉 Il est donc parfaitement cohérent que ces tissus soient arrivés par des navires français vers Québec ou Louisbourg avant 1758.

    4. Comment Raymond Bourdages a-t-il pu obtenir 440 aunes ?

    Très probablement par mandat, réquisition ou transaction avec le garde-magasin, selon 2 possibilités :

    Possibilité A — Raymond agit comme commis / distributeur des magasins du Roi

    Ce scénario est le plus probable, car :

    • Tous les billets mentionnent qu’il fournit au poste et reçoit paiement du poste.
    • Les étoffes étaient généralement réquisitionnées, non “achetées” au sens commercial privé.

    Il aurait donc reçu des marchandises remises par les autorités françaises pour les distribuer aux alliés autochtones.

    Possibilité B — Raymond est lié à un négociant de Québec

    Il aurait pu travailler avec un commerçant local possédant :

    • des marchandises issues des prises de guerre,
    • des rebuts de Louisbourg avant sa chute,
    • ou des surplus achetés aux enchères.

    À Québec en 1756–1758, les maisons suivantes vendaient des étoffes importées :

    • Maison Lafontaine
    • Maison Dumas
    • Maison Saint-Laurent (famille du parrain de sa fille)
    • Magasins de la Marine (où servait Jean-Baptiste de Saint-Laurent)

    👉 Le lien avec Jean-Baptiste de Saint-Laurent, parrain de sa fille, est ici extrêmement important :
    Ce réseau militaire-commerce était précisément celui qui distribuait les étoffes aux postes acadiens.

    5. Synthèse la plus solide historiquement

    🔎 Raymond Bourdages ne pouvait PAS être le propriétaire commercial de 440 aunes.

    Il s’agit très probablement de marchandises du Roi, provenant :

    • de Mazamet → expédiées à Bordeaux,
    • chargées sur les navires du Roi,
    • déchargées à Québec ou Louisbourg,
    • redistribuées vers les postes acadiens.

    Raymond agit comme :

    👉 agent distributeur, milicien de confiance et intermédiaire logistique
    pour le compte des autorités :

    • garde-magasin de la Rivière Saint-Jean,
    • garde-magasin de Miramichi,
    • et Charles Deschamps de Boishébert, dont il dépendait.