Dans cette section, je vais raconter l’histoire de l’Acadie et de l’Occitanie du XVIII ème siècle pour nous aider à mieux comprendre le contexte dans lequel a vécu notre ancêtre Raymond Bourdages, originaire d’Estancarbon, France. Cette section va se bâtir au fur et à mesure que mes recherches vont amener des éclairages sur sa vie.
L’Acadie

Raymond Bourdages (1755–1760)
Milicien acadien, réfugié, fournisseur militaire et témoin de l’effondrement de l’Acadie française…
Au cœur du XVIIIᵉ siècle acadien, alors que les populations francophones sont déplacées, pourchassées ou enrôlées dans les derniers efforts français, Raymond Bourdages apparaît comme une figure essentielle de la survie acadienne entre 1755 et 1760. Ses actes, ses déplacements et son réseau d’alliances témoignent d’une vie intimement mêlée aux événements majeurs de la Guerre de Sept Ans.
1755–1756- De la Rivière Saint-Jean à Québec, via l’Île Saint-Jean…
Après la prise de Beauséjour en 1755 et le lancement de la Déportation, plusieurs centaines d’Acadiens se replient vers la Rivière Saint-Jean et l’Île Saint-Jean (PEI), alors encore sous contrôle français. C’est dans ce réseau de refuges que l’on retrouve Raymond Bourdages et Esther LeBlanc.
Les sources indiquent que le couple quitte l’Île Saint-Jean pour gagner Québec en 1756, comme plusieurs familles fuyant la famine et la menace d’une capture anglaise. Ce mouvement correspond aux convoyages organisés par les autorités françaises pour protéger les réfugiés.
Naissance de leur fille à Québec (13 décembre 1756)
À Québec, Raymond et Esther accueillent leur premier enfant, Marie-Charlotte, baptisée le 13 décembre 1756.
Les parrains sont particulièrement révélateurs du milieu dans lequel évolue la famille :
- Parrain : Sr Jean-Baptiste de Saint-Laurent, écuyer, officier des troupes de la Marine.
- Marraine : Dame Charlotte Deschamps de Boishébert, sœur du commandant Charles Deschamps de Boishébert, chef principal de la résistance française en Acadie.
Le choix de cette marraine prestigieuse est exceptionnel : il montre que Raymond et Esther étaient étroitement liés à l’entourage de Boishébert. Il renforce également l’idée que Raymond appartenait à la communauté de miliciens, combattants et réfugiés protégée par ce commandant.
1757–1758- Fournisseur, milicien et agent de liaison dans les postes acadiens…
En 1758, les billets d’Acadie retrouvés dans les fonds des Archives nationales de France établissent la présence active de Raymond dans les territoires de résistance :
10 janvier 1758 — Rivière Saint-Jean
Raymond fournit 12 peignes de corne, contre un paiement en billets d’Acadie. Cela indique sa présence sur place et une activité commerciale ou logistique organisée.
1er mars 1758 — Rivière Saint-Jean
Raymond livre une chaudière de cuivre destinée aux alliés autochtones. Les chaudières étaient des objets de valeur, souvent offerts en cadeaux diplomatiques dans les alliances franco-autochtone.
10 octobre 1758 — Miramichi
Après la destruction des postes du Saint-Jean par les Britanniques à l’été 1758, les troupes françaises et les réfugiés se replient vers Miramichi. Raymond fournit alors :
- 440 aunes de tissu de Mazamet,
- 41 couvertures “de quatre points”,
pour une somme considérable de 10 700 livres.
Ces fournitures montrent qu’il était bien plus qu’un simple milicien : il agissait comme maillon logistique majeur, travaillant pour les gardes-magasins du roi et soutenant directement les missions militaires et diplomatiques de Boishébert.
1759-1760 — Le soldat acadien dans la défense de Québec
Avec l’effondrement progressif des postes français en Acadie, Raymond rejoint les nombreux Acadiens réfugiés qui s’engagent dans la défense de Québec. Il fait partie d’un groupe d’environ 150 miliciens acadiens, qui participent à la bataille des Plaines d’Abraham (13 septembre 1759), puis à la bataille de Sainte-Foy (28 avril 1760), où les Français remportent une victoire significative.
Il se peut que son engagement militaire soit lié à Boishébert, qui avait réuni autour de lui un noyau dur de miliciens acadiens loyaux depuis 1755.
Conclusion : un Acadien clé dans la guerre, le refuge et la survie…
De 1755 à 1760, Raymond Bourdages apparaît comme :
- un réfugié acadien,
- un milicien présent aux grands combats,
- un fournisseur essentiel des postes français en Acadie,
- un allié personnel du réseau Boishébert,
- un père de famille dont la fille est baptisée sous le parrainage de personnalités militaires de haut rang.
Sa trajectoire relie l’Île Saint-Jean, la Rivière Saint-Jean, Miramichi et Québec, témoignant de la mobilité et de la résilience d’une population acadienne prise dans une guerre totale, mais capable de reconstruire ses réseaux, ses alliances et son avenir.